20 janvier 2010

Fable d'Esope : le cheval et l'âne

Droite_violetLe cheval et l'âne

"Un homme avait un cheval et un âne. Un jour qu’ils étaient en route, l’âne, pendant le trajet, dit au cheval : « Prends une partie de ma charge, si tu tiens à ma vie. » Le cheval fit la sourde oreille, et l’âne tomba, épuisé de fatigue, et mourut. Alors le maître chargea tout sur le cheval, même la peau de l’âne. Et le cheval dit en soupirant : « Ah ! je n’ai pas de chance ; que m’est-il arrivé là, hélas ! Pour n’avoir pas voulu me charger d’un léger fardeau, voilà que je porte tout, avec la peau en plus. »

Cette fable montre que, si les grands font cause commune avec les petits, les uns et les autres assureront ainsi leur vie."

Esope. Fables.

Fable_cheval__ne

Manuscrit BNF (côte Français 15213) XIVe siècle.

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26 décembre 2009

L'âne et les cigales

D_tenteUn âne ayant entendu des cigales envia leur chant si agréable. "Que mangez-vous, demanda-t-il pour avoir une si belle voix ?" "-de la rosée", rédpondirent-elles. Alors l'âne résolut de se nourrir de rosée et il mourut de faim.

De même chez les hommes ceux qui désirent des choses contre nature ne peuvent jamais les atteindre et subissent les pires malheurs.

L'âne et les cigales. Esope. Fables

_ne_ouzbek
Un âne ouzbek qui se nourrit ... d'herbes !

De circonstance en cette période, à méditer ! :.)

Lunettes_2 Les fables d'Esope, présentation et traduction de Jacques Laccarrière, Espaces Libres - Albin Michel, format POche, ed. 2003

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23 décembre 2009

L'âne et le petit chien

D_tenteLes mêmes actes ne produisent pas toujours les mêmes effets...

L'âne était bien malheureux de voir le petit chien se faire cajoler sur les genoux de son maître, lui qui ne recevait que des coups de bâtons. Aussi, réfléchit-il... et pensa avoir trouvé une solution pour lui aussi être dorloté !

Ane_blog

(c) Publicenegy

Pour connaître la suite, lire la fable de L'âne et du petit chien, d'Esope :  l'intégralité de l'histoire.

Voir une illustration de cette fable d'Esope

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15 juillet 2009

Jean-Baptiste Oudry, illustrateur de fables

Oudry_aigle_et_escarbot

Pour compléter les deux billets précédents, relatifs au scarabée, voici une intéressante interprétation graphique de la fable d'Esope : l'Aigle et l'escarbot.
Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) est un peintre célèbre pour ses tableaux animaliers. Les illustrations des fables de La Fontaine, inspirées de celles d'Esope, lui ont permis de développer son goût pour les dessins d'animaux.

Pour plus d'informations : site consacré à La Fontaine et à ses illustrateurs

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13 juillet 2009

L'aigle et l'escarbot : fable d'Esope

Droite_violetOn a toujours besoin d'un plus petit que soi, mais parfois, il ne peut pas vraiment nous aider.

Dans la fable d'Esope, intitulée l'Aigle et l'Escarbot (terme de vieux français qui a donné Scarabée), le Lièvre aurait certainement aimé une aide différente ! Je vous laisse juger :

L'aigle et l'escarbot

"Une aigle pourchassait un lièvre. Ce dernier comprit qu'il ne pouvait bénéficier d'aucun secours, lorsque le sort lui fournit sa seule possibilité de salut. En effet, un escarbot était apparu. Le lièvre se réfugia auprès de lui dans l'attitude du suppliant. L'escarbot lui donna confiance, et lorsqu'il vit l'aigle fondre tout près, il l'exhorta à ne pas emmener son propre suppliant. Alors l'aigle, regardant de haut la petitesse de l'escarbot dévora sous ses yeux le lièvre.

L'escarbot passa désormais sa vie à remâcher sa rancune au sujet de l'aigle, épiant sans cesse l'emplacement de ses nids. Et s'il arrivait un jour à l'aigle de pondre, l'escarbot roulait les œufs entre ses pattes en s'élevant dans les airs, et soudain, il les lâchait pour les amener à se briser au sol. À tel point que l'aigle, pourchassée de toutes parts, se réfugia auprès de Zeus, car elle est l'oiseau sacré du dieu.

L'aigle demanda à ce dernier un endroit pour établir sa ponte en sécurité. Alors Zeus lui permit de faire ses oeufs dans les plis de son vêtement, en son giron. L'escarbot, ayant vu cela, fabriqua une boulette d'excréments et se l'attacha à lui-même; parvenant en cet équipage, par le vol, jusqu'aux plis du vêtement de Zeus, il fit tomber en cet endroit même sa boulette. Alors Zeus, en voulant faire choir l'excrément par une secousse infligée au tissu, se releva, et ne se rendit pas compte qu'il faisait tomber les œufs. Depuis ce temps-là, on a coutume de dire qu'au moment même où les escarbots apparaissent dans l'année les aigles s'abstiennent de pondre. Ce 'dit' apprend à ne jamais mépriser personne, en calculant qu'il n'est point d'être aussi faible qu'il ne puisse tirer un jour vengeance de ce qu'on l'avait traîné dans la boue.

 

Lunettes_2Source : Article intégralement en ligne sur Anthropozoologica. 2001. N° 33-34.

La symbolique de l’insecte dans les fables d’Esope : quoi de plus éloignéde l’homme qu’un insecte et aussi quoi de plus semblable ? par Marie-Claude CHARPENTIER et Sylvie VILATTE

Ce qui suit est un résumé de cet article.

Analyse du récit :

La récit, dans la fable antique correspond à une construction bien déterminée, que je noterai ici en vert, qui nous fait passer du monde animal au domaine des hommes. De fait naturel, en phénomène d'anthropisation qui créent une rupture par rapport au réel, on revient ensuite à un état considéré comme normal.

L'histoire commence par un fait naturel : un aigle chasse un lièvre.

Analyses des symboles : l’aigle, animal aérien, emblème de Zeus, chasse un lièvre animal terrien, qui vit sur et dans la terre. Jusqu’ici tout est normal, même si d’emblée, le plus fort est annoncé. L’aigle est plus puissant et le lièvre n’a pas de terrier en vue ! Apparaît un scarabée bousier (l’escarbot). Jusqu’ici, rien d’anormal, le fait reste possible dans la Nature.

Mais le lièvre acculé, parle et supplie le bousier de le sauver ! On passe dans le domaine des hommes = Phénomène d’anthropisation = Rupture avec le réel. Premier phénomène invraisemblable : les animaux prennent alors des attitudes humaines et contraires à l’ordre des choses dans la Nature. Le Lièvre, proie de l’aigle, se place sous la protection d’un scarabée bousier, un insecte bien plus faible, qui intercède pour sa survie. La bonne foi et le respect des rites doit, dans l’esprit du bousier, l’emporter sur la violence animale de l’aigle. Deuxième phénomène invraisemblable : le bousier détruit systématiquement les œufs de l’aigle. Quand ? Où ? On ne le sait pas. Cette intemporalité semble mettre en péril l’espèce même de l’aigle qui n’a d’autre issue que de se réfugier auprès du Dieu des Dieux.

Retour à l’ordre naturel : Zeus, Dieu des Dieux, n’intervient que lorsque le bousier dépose sur lui sa boulette d’excrément… A partir de ce moment, tout reprend sa place : des œufs d’aigle ne peuvent rester dans le giron de Zeus, encore moins une boulette de bousier… En conséquence, les aigles ne pondront que lors des périodes d’hibernation des bousiers. 

En conclusion, l’aigle, symbole de puissance aveugle qui n’a pas reconnu le caractère sacré de l’escarbot est contraint de s’adapter à sa volonté, régie par le rythme naturel des saisons. Il sauve son espèce par défaut, parce que l’escarbot ne peut pas lui nuire en période hivernale. Le lièvre, lui, avait reconnu le pouvoir de l’escarbot. Pourquoi n’a-t-il pas été sauvé ?  Parce qu’il a voulu échappé à la Nature alors qu'il est une proie naturelle pour l'aigle… et dans toutes les fables grecques, le retour à l’ordre naturel est une nécessité !

 

Bousier

Photo : Pibloulet / certains droits réservés

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12 juillet 2009

Fables d'Esope et broderie de Bayeux

Droite_violetLa broderie de Bayeux (ce n'est pas, techniquement, une tapisserie, comme le mentionnent souvent les articles de vulgarisation) constitue non seulement un témoignage extraordinaire de la bataille d'Hastings de 1066 mais également un précieux exemple de représentation des fables antiques dans un ouvrage médiéval. La broderie a été réalisée peu de temps après la bataille. Elle illustre essentiellement les événements qui ont précédé le conquête de Guillaume en Angleterre. Ces faits sont représentés  dans la bande centrale. En haut et en bas, deux frises complètent la narration : tantôt purement décoratives (animaux affrontés, dragons...), tantôt illustrant une fable dont la valeur morale est à mettre en rapport avec l'épisode de la narration.

Dans ce détail, le "corbeau et le renard" et le "loup et l'agneau" accompagnent Harold, aux intentions fourbes et belliqueuses : il convoitait le trône, alors qu'il avait été envoyé par le roi d'Angleterre en Normandie pour annoncer à Guillaume le Conquérant que ce dernier devait bientôt lui succéder...


broderie_bayeux

Guillaume déjouera cette supercherie et l'emportera à Hastings : la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Lunettes_2

L.Herrmann, Les Fables antiques de la Broderie de Bayeux, Latomus, Bruxelles, 1964

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